Pourrait-on assumer une interdiction du Syndicat de la Magistrature ?
Les vifs et récents débats sur la condamnation de Marine Le Pen ont évidemment reposé la question de la politisation de certains magistrats. Lâcheté partout, courage nulle part, semble regretter notre chroniqueur... L’article Pourrait-on assumer une interdiction du Syndicat de la Magistrature ? est apparu en premier sur Causeur.

Les vifs et récents débats sur la condamnation de Marine Le Pen ont évidemment reposé la question de la politisation de certains magistrats. Lâcheté partout, courage nulle part, semble regretter notre chroniqueur.
Est revenue récemment, dans le débat public, la question de l’interdiction du Syndicat de la magistrature grâce à Bruno Retailleau jeudi soir sur France 2, David Lisnard sur CNews et, si j’ose dire, à cause de Marine Tondelier qui n’a rien trouvé de mieux que d’approuver l’injonction faite par le Syndicat de la Magistrature aux magistrats de s’opposer politiquement au Rassemblement national sur LCI.
Manque de courage
Il me semble que sur ce sujet nous avons un parfait exemple de la dérive des pouvoirs. De droite, en raison de l’impuissance à faire respecter les règles d’un syndicalisme exclusivement professionnel. À gauche, par la complaisance à l’égard d’une politisation qui fait perdre toute légitimité à une part importante, moins par le nombre que par l’influence, de la magistrature dans l’opinion publique.
Comment ne pas s’interroger à titre principal sur cette lâcheté qui gangrène, ce courage qui manque ?
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Peut-être convient-il de s’attacher en amont à tout ce qui empêche les pensées conservatrices d’avoir la fierté de s’assumer dans la réalité. Avec ce handicap trop souvent constaté d’un hiatus entre leur expression publique et la pratique de chacun : combien de fois en effet ai-je, malheureusement et socialement, constaté que les vertus fondamentales d’une éthique et d’une vision conservatrices – politesse, rigueur, écoute, qualité de la forme, attention à autrui, tolérance et équité – n’étaient destinées qu’à la façade et trop rarement pratiquées dans l’intime, comme si une personnalité pouvait se cliver ainsi entre le public et le privé. Alors que sans plénitude, tout perd sens.
Il est clair que dans les débats intellectuels, politiques, médiatiques, on perçoit trop souvent une incapacité à ne compter que sur la sincérité et la liberté pour penser, répondre ou contredire. Comme si on était tenu par d’autres considérations tenant aussi bien à sa propre faiblesse qu’à la volonté absurde de ne jamais donner l’impression de céder un pouce de terrain à l’autre. Cet extrémisme qui fait fi de toute authenticité aboutit paradoxalement à la libération d’une parole violente, grossière, méprisante. Face à soi, on a un être qu’il faut détruire plutôt que contester ses idées.
Magistrats planqués
Je n’ai pas quitté mon thème central concernant le Syndicat de la Magistrature.
Non seulement ce dernier n’a pas abandonné sa ligne idéologique de gauche, voire d’extrême gauche mais il l’a amplifiée.
À l’abri de la moindre réaction opératoire des pouvoirs publics et exploitant, à son bénéfice, l’idée absurde que tout serait politique contre les exigences d’un métier imposant pourtant une absolue neutralité pour être crédible et respecté dans ses pratiques.
Durant des années, chacune de mes conférences, à la fin, lors des questions, a abordé le problème du syndicalisme judiciaire. Je répondais, sans doute avec trop de mesure, qu’il était inutile d’évoquer des interdictions qui ne seraient jamais possibles.
Malgré le caractère scandaleux de la violation permanente de l’article 10 de l’ordonnance du 22 décembre 1958, rien ne bouge, on accepte tout.
Pourtant « toute délibération politique est interdite au corps. Toute manifestation d’hostilité au principe ou à la forme du gouvernement de la République est interdite aux magistrats, de même que toute démonstration de nature politique incompatible avec la réserve que leur imposent leurs fonctions. Est également interdite toute action concertée de nature à arrêter ou entraver le fonctionnement des juridictions », énonce ce texte.
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Pourquoi, alors, l’indignation devant l’esprit partisan qui s’étale syndicalement sans la moindre vergogne est-elle incapable du moindre courage politique mais au contraire semble-t-elle résignée à ne s’exprimer qu’en mots, donc sans effet ? Les gardes des Sceaux, certains se piquant même de n’avoir peur de rien, sont apparus tous tétanisés. Abstention et passivité d’autant plus étonnantes qu’une réaction contre une intolérable politisation judiciaire, avec des modalités à déterminer, serait largement approuvée par l’opinion publique. On a l’impression que les les ministres – hier, Eric Dupond-Moretti confronté pourtant à l’insupportable implication du Syndicat de la Magistrature dans la fête de l’Huma – regardent passer ces outrances comme s’ils étaient secrètement satisfaits de voir le corps judiciaire sombrer encore davantage à cause d’une frange irresponsable de celui-ci.
Je ne crois pas que Gérald Darmanin qui se concentre sur l’essentiel et paraît considérer avec une ironie résignée les délires idéologiques du Syndicat de la Magistrature, qui souvent le prennent pour cible, ait la moindre intention de s’occuper de cette politisation libérée de toute crainte. Pourtant la certitude qu’elle représente le motif essentiel de la défiance du citoyen à l’égard de l’institution et des juges devrait mobiliser.
Jusqu’où le Syndicat de la Magistrature ira-t-il avec l’arrogance tranquille d’une force qui sait que la lâcheté est partout et le courage nulle part ?
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