Peur: le mot de l’année

Récompensé par un prix de la Licra mercredi à l’Elysée, l’animateur télé Arthur a tenu un discours émouvant et bouleversant pendant quatre minutes. « Pendant que la République parfois hésite, la haine avance, elle s’installe », a-t-il notamment affirmé... L’article Peur: le mot de l’année est apparu en premier sur Causeur.

Avr 4, 2025 - 16:17
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Peur: le mot de l’année

Récompensé par un prix de la Licra mercredi à l’Elysée, l’animateur télé Arthur a tenu un discours émouvant et bouleversant pendant quatre minutes. « Pendant que la République parfois hésite, la haine avance, elle s’installe », a-t-il notamment affirmé.


Il y a les peurs que distillent plus ou moins à dessein nos gouvernants à bout de souffle, arguant de l’imminence du déferlement de hordes poutinesques dans nos villes et campagnes, de celle, à présent, d’un conflit d’ampleur avec les mollahs de ce qui fut jadis le bel empire Perse. Peur encore devant la guerre économique trumpienne dont l’Europe et singulièrement la France, devraient, à les en croire, sortir en chemise.

Mais il y a une autre peur, hélas bien réelle et concrète celle-ci, et qui nous concerne tous, nous autres citoyens de France, car nous sommes tous autant que nous sommes en capacité de lutter contre. C’est celle que dénonçait Arthur, l’homme de télévision, l’autre soir après que le président de la République lui a remis, ainsi qu’à Sophia Aram, le prix Jean-Pierre Bloch pour son engagement contre l’antisémitisme. Un président de la République – je tiens à le souligner – qui pourtant s’est bien gardé de participer, de se monter ne serait-ce que quelques instants, le 13 novembre 2023 à la grande marche contre cet ignoble fléau.

« Une peur intime qui me réveille la nuit, confesse Arthur. Non pas une peur abstraite, une peur active… » « Je parle,  ajoute-t-il, pour mes parents qui changent leur nom lorsqu’ils commandent un taxi (…) pour les rabbins frappés en pleine rue… » Et d’ajouter : « Quelque chose s’est brisé (…) La haine s’installe. Ça commence par les Juifs et ça emporte tout. » En effet, quelque chose s’est brisé au sein de notre nation ces deux dernières années. Et ce n’est plus aujourd’hui une simple fêlure, c’est d’ores et déjà une plaie dont la béance s’aggrave de jour en jour.

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Comment peut-on accepter, tolérer que, dans ce pays de France, des femmes, des hommes des enfants mêmes, tant de nos concitoyens, aient à vivre dans la peur ? Comment est-ce seulement possible ? Quel est le nom de cette résignation collective, de cette apathie qui nous empêcherait de faire front, massivement, tous ensemble, unis, déterminés ? Quel est ce nom, sinon lâcheté.

La cause commune qui doit nous rassembler aujourd’hui – et de toute urgence – est bien celle-ci : la croisade contre l’antisémitisme, cette haine irrationnelle, monstrueuse, cette peste qui – Arthur dit vrai – nous emportera tous si nous tardons à nous dresser contre elle. Cela  sans mollesse aucune, sans tergiversation. Pour commencer il est urgent que tous les partis et mouvements politiques – tous ! – s’allient, dès aujourd’hui, pour placer en tête de leur engagement cette lutte-là et en faire très officiellement, très clairement la toute première de nos grandes causes nationales. Oui, combattre sans faiblesse, sans ces pruderies des âmes molles éternellement engluées dans l’artifice foireux du feint souci de ménager la chèvre et le chou.

Je reprendrai donc ici le mot de Voltaire, dont on ne peut pas dire qu’il ait été sa vie durant un boute-feu frénétique, un zélateur de la violence à tout crin : « J’ai vu qu’il n’y avait rien à gagner à être modéré, et que c’est une duperie », écrit-il. Qu’on se le dise !

Rien à gagner non plus à atermoyer. Il est grand temps, si l’on veut pour de bon empêcher que le mot de l’année ne devienne le mal du siècle.

https://twitter.com/BFMTV/status/1907480822199828641

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