Poutine, ses idiots utiles et l’arme de la propagande

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Avr 3, 2025 - 23:34
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Poutine, ses idiots utiles et l’arme de la propagande

Idiots utiles ou complices de Poutine, de Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen en passant par Pierre Lellouche ou Philippe de Villiers, nombreux sont ceux à s’appliquer à répandre depuis trois ans la propagande du Kremlin.

À les entendre, l’invasion de l’Ukraine ne serait qu’une réponse au danger prétendument imminent qu’aurait constitué l’éventualité d’une entrée de l’Ukraine dans l’OTAN en raison du fait que l’Ukraine a une frontière commune (longue de 1 581 km) avec la Russie. Une guerre préventive en quelque sorte. Comment cette opinion a-t-elle pu se propager alors qu’il suffit de regarder une carte de l’Europe pour en mesurer la vacuité ? L’Estonie et la Lettonie partagent une frontière commune avec la Russie longue de 600 km et toutes deux faisaient déjà partie de l’OTAN depuis 2004. En quoi la perspective (lointaine) d’une (hypothétique) adhésion de l’Ukraine à l’OTAN (alliance purement défensive) pouvait-elle donc constituer un danger supplémentaire pour la Russie ? Confirmation : en 2023, la Finlande a adhéré à l’OTAN. Or la Finlande a une frontière commune avec la Russie longue de 1 340 km ! La Russie s’est-elle sentie menacée ? A-t-elle préventivement envahi la Finlande ? Rappelons par ailleurs qu’un sous-marin nucléaire lanceur d’engins peut atteindre sa cible à 4 600 km de distance, ce qui renvoie aux oubliettes de l’histoire la prétendue nécessité de disposer d’États ‘’tampons’’ à ses frontières. Tout cela ne prouve qu’une seule chose : les relations entre l’Ukraine et l’OTAN n’ont été qu’un prétexte utilisé par la Russie pour s’emparer du territoire de son voisin afin de s’en approprier les richesses agricoles, industrielles et minérales.

Une affaire de famille, vous êtes sûr ?

L’autre argument de propagande répété ad nauseam par les thuriféraires poutiniens consiste à dire que l’Ukraine, tout bien pesé, n’existerait pas. Qu’elle serait depuis toujours une terre russe. Cette affirmation dénote une ignorance qui donne le vertige. L’Ukraine s’est forgé au fil des siècles une identité propre. Elle a une langue ‘’aussi indépendante du russe que peuvent l’être le polonais, le bulgare ou le tchèque’’ (dixit Georges Nivat, traducteur de l’œuvre de Soljenitsyne) ; une histoire faite de révoltes permanentes contre ceux qui ont cherché à la dominer : les Ottomans, les Polonais, puis, depuis la fin du XVIIIe siècle, les Russes – ‘’L’Ukraine a toujours aspiré à être libre’’, écrivait déjà Voltaire en 1730. Elle a des mœurs politiques nées d’un mythe fondateur, celui des cosaques zaporogues (‘’les hommes libres vivant au-delà des tourbillons’’ du Dniepr, au sud de la ville de Zaporijjia) qui sont à l’Ukraine ce que les Gaulois sont à la France, qui ont nourri une culture démocratique où l’élection et une forme de parlementarisme ont toujours occupé une place centrale, à l’opposé des régimes autocratiques – qu’ils soient tsaristes, staliniens ou poutinistes – sous lesquels vit, soumis depuis des siècles, le peuple russe. Russes et Ukrainiens ont certes pour point commun d’appartenir à la grande famille des Slaves, mais si cela nourrit la scie selon laquelle ils seraient des ‘’peuples frères’’, cela ne fait pas d’eux des frères siamois. S’ils sont ‘’frères’’ des Russes, ils sont tout autant frères des Polonais ou des Tchèques. Comme les Français peuvent l’être des Italiens ou des Espagnols, pays latins.

A lire aussi: Pierre Lellouche/Ukraine: une guerre pour rien?

Un dernier argument de propagande est désormais propagé avec force : la Russie ne constituerait pas une menace. Ce serait une simple ‘’affaire de famille’’ dont nous n’aurions pas à nous mêler. Comment ignorer ainsi la permanence de l’impérialisme russe depuis le XVIe siècle, un impérialisme constant depuis ‘’le règne monstrueux d’Ivan le Terrible qui, écrivait Custine en 1839, a fasciné la Russie au point de lui faire trouver jusque dans le pouvoir effronté des princes qui la gouvernent un objet d’admiration : l’obéissance politique est devenue pour les Russes un culte, une religion. Ce n’est que chez ce peuple qu’on a vu les martyrs en adoration devant les bourreaux !’’ Comment ignorer que la guerre est nécessaire à Poutine ? Pour maintenir son régime, il n’a que deux armes : la peur qu’il inspire à ses sujets et le piège du patriotisme dont il entretient consciencieusement la flamme en leur faisant croire qu’ils combattent le nazisme !

Ivresse du pouvoir

Si Poutine devait mettre l’Ukraine à sa botte avec la complicité de Trump, ‘’le premier président des Etats-Unis de l’Histoire à capituler sans combattre’’ (Claude Malhuret), il ne s’arrêtera pas en si bon chemin. Prétextant qu’il existe en Moldavie et dans les Pays baltes une population russophone, il continuera sa politique visant, dans un premier temps, à reconstituer l’empire soviétique. Ceux qui prétendent qu’il n’y a pas de menace sont les mêmes qui, en 1938 et 1939, disaient d’Hitler qu’il ne s’en prendrait ni à l’Autriche, ni à la Tchécoslovaquie, ni à la Pologne et déclaraient ne pas vouloir mourir pour Danzig. Ce sont les mêmes qui, en 2014, affirmaient que la Russie ne mettrait pas la main sur la Crimée et en 2022 juraient qu’elle n’envahirait pas l’Ukraine. Ce sont toujours les mêmes qui font aujourd’hui mine de croire que Poutine pourrait respecter le droit international. L’expérience nous enseigne qu’aucun dictateur, saisi par l’hubris, par l’ivresse d’un pouvoir sans limite, n’est à l’abri de décisions défiant la raison. Ce vertige a conduit Napoléon jusqu’à Moscou en 1812 … Et, en retour, l’occupation de Paris par l’armée russe en 1814 !

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