Paris : un appartement de designer au décor poétique et subtilement coloré
Paris, 16e arrondissement. Au cœur du village d’Auteuil, le designer Francesco Balzano a installé son univers poétique dans un espace intimiste harmonieux. Il y exprime son goût dans un langage sensoriel jusqu’au-boutiste, où se rencontrent réalisations sur mesure et collection personnelle. Visite.


Bruycker, Nicolas Lefevre et Marcin Rusak. Fauteuils, Carl Hansen & Søn et PP Møbler. Lampadaire de Miguel Milá pour Santa & Cole. Applique de Muller Van Severen, Valerie Objects. Tables basses signées Floris Wubben et Francesco Balzano.
Paisible et discret, le quartier d’Auteuil a des airs de petit village parisien avec ses espaces verts et ses rues fleuries. Un cadre qui a su séduire le designer Francesco Balzano, à la recherche d’un nouvel habitat capable de conjuguer lieu de vie et bureau de création. « La volonté d’être entouré de végétation, baigné dans une atmosphère calme et chargée d’histoire, a orienté mes recherches vers un Paris presque provincial, à 40 minutes de la campagne. La présence de chefs-d’œuvre architecturaux signés Robert Mallet-Stevens, Hector Guimard, Auguste Perret et des serres d’Auteuil a été une découverte et a transformé ce choix en évidence », explique Francesco.
Installé à quelques pas de la villa Montmorency et de la Fondation Le Corbusier, ce nouvel appartement s’inscrit dans le folklore local : immeuble haussmannien en pierre de taille aux précieux détails. « Je voulais faire dialoguer ces codes avec l’idée d’un jardin urbain. Un lieu nourri de l’esprit des maîtres qui m’inspirent, comme Louis Le Vau, Piero Portaluppi et Carlo Mollino », souligne-t-il.
Avec After Bach, son agence d’architecture d’intérieur, il y signe un intérieur enveloppant, où couleurs et matières s’expriment dans une harmonie parfaite. Tentures murales en satin de soie, peintures mates et onyx se dévoilent dans une palette subtile allant du vert pâle à l’ivoire nacré. Au sol, sisal, parquet en frêne, onyx et tapis d’abaca viennent parfaire ce repaire savamment orchestré.

Dès l’entrée, la magie opère. Un lieu de ramifications, aux airs de galerie confidentielle, dont les murs en textile satiné attisent la lumière de ce lieu bénéficiant d’une double exposition, en majesté. Cette entrée nous mène directement dans le salon-salle à manger, qui met en miroir une cheminée, sculpturale et minimaliste en onyx, de la collection « Mosaico » dessinée par Francesco, et une bibliothèque qui, comme une niche, rend hommage à la Renaissance italienne. Un dialogue qui dévoile une partie de l’esthétique du designer. « J’aime installer des discussions entre les arts antique, classique, moderne et contemporain. Il n’y a, selon moi, aucune frontière entre ces périodes de création. L’émotion sculpte naturellement le socle commun », affirme-t-il.
Ces rencontres s’esquissent aussi dans l’aptitude de ce fin collectionneur à conjuguer des pièces d’art et de design de toutes époques. Il y divulgue son travail de designer, à l’épure saisissable, auto-édité ou en collaboration avec des éditeurs-galeristes comme Kolkhoze ou Theoreme Editions, et majoritairement réalisé par les Ateliers Saint- Jacques avec lesquels il travaille depuis de nombreuses années. En parallèle, on y découvre ses objets d’affection, dessinés par des designers qu’il admire, à l’instar de Finn Juhl, Inga Sempé, Kaare Klint ou encore Yellow Nose Studio. Des pièces qui posent le décor et mettent en relief sa large collection d’œuvres antiques et contemporaines, signées par des artistes tels que Mirco Marchelli, Nicolas Lefebvre et Laetitia de Bazelaire, ses « partenaires d’art » de la galerie Tourrette, où il est lui-même représenté pour son travail photographique. « Il était important de pouvoir mettre en discussion mon travail de designer, d’architecte et de photographe avec ce qui me nourrit en permanence : la création artistique que j’admire, celle des artistes avec qui je partage un certain art de vivre », confie Francesco.
Ainsi, chaque espace semble dessiner un socle pour mettre en lumière ce goût des choses, finement choisies, à l’éclectisme singulier. Le bureau exprime un esprit foisonnant, entre matériauthèque et cabinet de curiosités. Et la salle de bains, moderne et minimaliste, laisse jaillir une fresque bucolique, en hommage à la chambre des Oiseaux de la villa Médicis. Des fragments, comme des touches d’histoire, harmonisés par les talents et la sensibilité d’ensemblier de Francesco.