Cet ensemble architectural unique en Europe accueillant chaque année 20 000 visiteurs du monde entier ne se trouve qu’à à 1h de Lyon
En plus de 50 ans de carrière, il a révolutionné l’architecture par ses traits brut, son sens du confort et sa vision novatrice, qui ont fait de lui l’un des plus renommés dans son domaine. Son nom : Charles-Édouard Jeanneret, plus connu sous celui de Le Corbusier. Et si son œuvre est visible jusqu’en Inde […]

En plus de 50 ans de carrière, il a révolutionné l’architecture par ses traits brut, son sens du confort et sa vision novatrice, qui ont fait de lui l’un des plus renommés dans son domaine. Son nom : Charles-Édouard Jeanneret, plus connu sous celui de Le Corbusier. Et si son œuvre est visible jusqu’en Inde et au Japon, son héritage peut également être admiré à de nombreux endroits en France. Et l’un des plus surprenants et révolutionnaires pour son époque se trouve non loin de Lyon…
Un site mettant en avant les “joies essentielles”
Au début des années 1950, la ville de Firminy projette la construction d’un nouveau quartier. Surnommée Firminy-la-Noire, en référence à son passé mineur, la ville entend offrir un nouveau cadre de vie à ses habitants et un véritable “centre de re-création du corps et de l’esprit”. Aux XIXe et XXe siècles, la population de Firminy a augmenté très rapidement pour répondre aux besoins de main-d’œuvre des usines sidérurgiques, passant notamment en 160 ans de 1 700 à 26 000 habitants. En nombre insuffisant et donc surpeuplés, les logements existants sont majoritairement insalubres et sous-équipés. Pour cela, un plan est conçu par André Sive, Marcel Roux, Charles Delfante et Jean Kling, qui le proposent à l’un des plus célèbres architectes et urbanistes de l’époque pour quelques corrections : Le Corbusier. Il faut dire que le plan est inspiré par la Charte d’Athènes et reprend les principes de la Ville Radieuse développés par Le Corbusier lui-même. À l’inverse de l’urbanisme dense de “Firminy la Noire”, polluée par les fumées des usines, l’objectif est cette fois d’offrir un environnement dans lequel dominent le soleil, l’espace et la verdure, considérés comme des “joies essentielles” par Le Corbusier. Une large part de la surface au sol, libérée par la hauteur des bâtiments, est ainsi réservée aux espaces verts. Ancien ministre de la Reconstruction et ami de Le Corbusier, le maire de Firminy, Eugène Claudius-Petit, souhaite que l’ensemble soit également équipé d’un centre culturel, d’un centre sportif et de logements. Et, pour l’anecdote, c’est ici que voit le jour… la première laverie automatique de France !
L’une des réalisations les plus emblématiques signées Le Corbusier
À cette époque, il existe déjà quelques autres unités d’habitation du côté de Metz, de Nantes, mais aussi en Allemagne, sans oublier celle de Marseille. Tous ces bâtiments ont quelques principes communs. La plupart des appartements sont des duplex traversants avec des vues de part et d’autre du logement, avec des séjours à double hauteur, des bâtiments confortables avec des grands espaces et une vie de village qui est favorisée à l’échelle du bâtiment par tout un tas de dispositifs selon les budgets.Invité à à dessiner la deuxième phase du nouveau quartier de Firminy-Vert en 1954, Le Corbusier produit deux plans d’urbanisme : le premier est un centre civique (stade municipal, maison de la culture et de la jeunesse et église), tandis que le second est un projet de 3500 logements répartis sur trois unités d’habitations avec des équipements scolaires et commerciaux. Un nouveau projet ambitieux dont Le Corbusier ne verra jamais le jour, puisqu’il meurt en 1965 avant la fin des chantiers, alors que la plupart des projets n’étaient pas achevés. Tandis que la Maison de la Culture est la seule presque terminée et que seule une unité d’habitation est construite, les travaux de l’église sont interrompus faute de financement. Ils ne reprendront… qu’en 2003, bien que financés sur fonds publics en violation du principe de séparation de l’Église et de l’État. Avant sa disparition, Le Corbusier imaginait également une piscine qui devait s’insérer dans l’ensemble architectural, et qui sera dessinée ultérieurement par l’un de ses disciples, André Wogenscky.
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Un quartier longtemps abandonné qui retrouve sa splendeur
Partagé entre lumière, béton et couleurs, où la froideur du gris qui se dégage des bâtiments tranche avec la chaleur intérieure de chacune des constructions, le site de Firminy-Vert est assurément l’un des endroits les plus étonnants de France. Deuxième plus grande au monde après Chandigarh en Inde, l’Unité d’Habitation de Firminy-Vert et ses 414 logements initiaux a connu une longue période d’abandon, tout comme l’église, avant de retrouver sa valeur au début des années 2000. Aujourd’hui, l’Unité d’Habitation, comme le stade, sont toujours animés par les Appelous, tandis que la Maison de la Culture est ouverte pour les visites, mais continue d’accueillir les habitants de Firminy et métropolitains, grâce à sa programmation culturelle annuelle. Culturelle avant d’être cultuelle, l’église accueille quant à elle des expositions temporaires dans sa partie inférieure. Aujourd’hui protégé en tant que Site Patrimonial Remarquable (SPR) et récompensé par le Grand Prix d’Urbanisme en 1961, Firminy-Vert a également reçu les honneurs de l’UNESCO puisque la maison de la culture de Firminy-Vert fut l’une des 17 œuvres architecturales de Le Corbusier classées au Patrimoine mondial en 2016. Exemple même de l’utopie corbuséenne, le site de Firminy fait donc partie de ces lieux immanquables si l’on est de passage à Lyon, ou dans ses environs, et ce ne sont pas les 20 000 visiteurs du monde entier qui viennent chaque année qui diront le contraire.
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Image à la une : Quartier Firminy-Vert © Adobe Stock