Pollution plastique : « Une ONG m’appelle pour utiliser mes recherches pendant un sommet international en Corée du Sud »

Lancement de notre série « Impacts » avec les effets de l’article de l’économiste Mateo Cordier (UVSQ, Paris-Saclay) sur la pollution plastique, repris par RFI, Sud Ouest, la Voix du Nord, le Monde diplo, puis des médias suisse, italien, portugais, indonésien, coréen…

Fév 18, 2025 - 19:38
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Pollution plastique : « Une ONG m’appelle pour utiliser mes recherches pendant un sommet international en Corée du Sud »

Premier volet de notre série « Nos articles ont de l'impact » : l’économiste Mateo Cordier a écrit fin novembre 2024 un article pour The Conversation dans lequel il expose le coût astronomique du scénario de l’inaction face à la pollution plastique. Après de nombreuses interviews, traductions et republications en France et à l’étranger, son article circule à Busan (Corée du Sud), au moment où commence la cinquième session du Comité de négociation intergouvernemental chargé d’élaborer un texte de traité international contre la pollution plastique. Le chercheur raconte les conséquences de cette exposition soudaine de son travail.


Pourquoi avoir proposé ce sujet sur la pollution plastique à la rédaction de The Conversation ?

Mateo Cordier : Le timing était idéal. Nous étions fin novembre 2024, quelques jours avant le cycle de négociations pour un traité international contre la pollution plastique qui devait se tenir à Busan, en Corée du Sud. Depuis 2018, j'étudie les liens entre la pollution plastique et l’économie. En qualité de membre de la coalition de scientifiques pour un traité plastique efficace (créée en 2022, ndlr), j'espérais qu’un article de vulgarisation scientifique issu de mes travaux puisse, à sa manière, enrichir le débat en apportant du contexte et de la profondeur à cet événement. Les autres médias me demandaient plutôt de commenter les aspects politiques, mais mon propos était de coller à mes recherches et de démontrer que le statu quo des États face à la pollution plastique coûterait au final plus cher que les mesures de réduction de leur utilisation. The Conversation a immédiatement accepté ma proposition.

Que s’est-il passé après la publication de l’article ?

M.C. : Dès sa parution, j’ai été sollicité par les médias français. J’ai donné environ une interview par jour, pour TSF Jazz, Radio Classique ou RFI notamment, toujours dans le cadre du Sommet plastique de Busan. La version en anglais de l’article est ensuite parue dans The Conversation Europe. Dès lors, de nombreux médias anglophones, surtout asiatiques, ont repris les chiffres essentiels et les principales conclusions de l'article. À partir de ce moment-là, j’ai commencé à échanger par Whatsapp avec des personnes qui se trouvaient sur place, à Busan, où se déroulaient les négociations : « J’entends parler de toi ici », m’a dit une collègue. J’ai réalisé que mon article tournait, cela m’a beaucoup étonné de savoir qu’il avait un certain retentissement là-bas, alors que je n’étais pas impliqué personnellement dans l’événement. Mes travaux scientifiques étaient jusque-là totalement ignorés des médias.

Avez-vous observé des retombées autres que médiatiques ?

M.C. : J’ai été contacté par des membres de l'association Gaia, une ONG internationale qui vise le zéro déchet, qui se trouvaient à Busan pour les négociations. Ils avaient besoin d’une assise scientifique et ont sollicité mon aval pour me citer dans leurs plaidoyers. Et puis une chercheuse de l'Université de Brest, elle aussi présente à Busan, m'a appelé pour évoquer les négociations et me proposer un partenariat de recherche. J’ai également été approché par une personne à la direction Prospective et recherche de l’Ademe (l’agence de transition écologique) qui effectue une veille sur les recherches émergentes dans les plastiques. C’est important pour moi de savoir que je suis identifié par l’Ademe, pour de futures demandes de financement de mes travaux de recherche. Plus localement, la référente culture du lycée du Granier (La Ravoire, Savoie) m’a proposé d’intervenir auprès des élèves lors des ateliers qu’ils organisent à l’occasion de la semaine du développement durable en septembre 2025.

Comment avez-vous vécu la collaboration avec la rédaction ?

M.C. : Je n'avais jamais publié dans The Conversation France. C’est un challenge d’écrire pour le grand public, car on n’est jamais assez pédagogique. J’ai été enchanté par le travail du service d’édition. Il y a eu plusieurs versions du texte et mon titre, trop technique, a dû être modifié. J’ai apprécié que l’on me prenne par la main, c’était une vraie découverte. C’est rarissime qu’on soit ainsi accompagné lorsqu’on écrit dans une publication scientifique.

Propos recueillis par Tatiana Kalouguine


Quelques répercussions médiatiques de l’article de Mateo Cordier :

En France : Interview RFI, la Voix du Nord, Sud-Ouest, le Monde diplomatique (version anglaise), Actu.fr, ONG Énergies de la mer

À l'étranger : Bio Based Press (Pays-Bas), Publico (Portugal), Geneva Environment Network (Suisse), The Good in Town (Italie), El Sol de Mexico (Mexique), EconoTimes (Corée du Sud), Republika (Indonésie), Borneo Barometer Magazine (Indonésie), Indonesia Business Post, Listrik Indonesia, Phys.OrgThe Conversation

Mateo Cordier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.