Hors l’élitisme républicain, pas de salut pour l’École

La « réussite pour tous », c’est l’assurance pour les enfants de la caste, affirme notre chroniqueur, de garder les meilleures places au chaud pour leurs enfants. Gens de pouvoir ou enseignants qui espèrent pour leur progéniture des miettes de ce pouvoir, tous se liguent pour que la réussite factice de tous garantisse la vraie réussite de leurs mioches, aussi médiocres soient-ils... L’article Hors l’élitisme républicain, pas de salut pour l’École est apparu en premier sur Causeur.

Avr 5, 2025 - 06:27
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Hors l’élitisme républicain, pas de salut pour l’École

La « réussite pour tous », c’est l’assurance pour les enfants de la caste, affirme notre chroniqueur, de garder les meilleures places au chaud pour leurs enfants. Gens de pouvoir ou enseignants qui espèrent pour leur progéniture des miettes de ce pouvoir, tous se liguent pour que la réussite factice de tous garantisse la vraie réussite de leurs mioches, aussi médiocres soient-ils.


Récemment interviewé sur les heurs et malheurs de l’Ecole par la Grande Loge de France, qui passe pour être plus centre-droit que le Grand Orient, j’ai eu l’imprudence d’utiliser l’expression « élitisme républicain ».

« Halte-là ! » a immédiatement protesté l’un de mes interlocuteurs. « C’est là un concept d’extrême-droite ! »

Temps troublés

Nous vivons décidément une époque de grande confusion mentale, un authentique « moment orwellien », par référence aux slogans de Big Brother dans 1984, « l’ignorance, c’est la force », « la liberté, c’est l’esclavage ». Les mots ne sont plus utilisés dans leur sens commun, mais à l’inverse de leur signification ordinaire.

C’est ainsi que l’extrême-gauche n’hésite plus, sous prétexte d’antisionisme, à user d’une terminologie raciste, censée rassembler autour d’elle les suffrages des minorités musulmanes les plus ouvertement antisémites. Que les héritiers supposés de Marx versent dans la propagande anti-juive, avec parfois une iconographie inspirée des affiches hitlériennes des années 1930, est l’un des faits incontestables, mais qui ne laissent pas d’être troublants, de ces temps troublés.

L’autre source de confusion mentale est l’indistinction entre le quantitatif et le qualitatif. L’élitisme républicain a pour objet de dégager une future élite, apte à remplacer celle qui gouverne, qui est elle-même arrivée aux postes de direction par l’argent, le piston ou la localisation immobilière — et très rarement par mérite intrinsèque. Il n’y a pas plus de beaux cerveaux chez les riches que chez les pauvres — j’ai expliqué cela en détail dans L’Ecole à deux vitesses.

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Le problème est que la caste au pouvoir use de sa position dominante pour bloquer la montée d’élites nouvelles issues des classes opprimées. Et elle peut compter, pour ce faire, sur la collaboration pleine et entière de ces cohortes d’enseignants prêts à toutes les bassesses pour avoir le droit de quémander, pour leurs enfants, une école moins clivante que celle que leur assignait leur résidence en milieu non favorisé — étant entendu que les « beaux quartiers », comme disait Aragon, leur sont interdits par la loi de l’immobilier de luxe.

On comprend bien, dès lors, qu’« élitisme républicain » soit un slogan inaudible pour la caste au pouvoir, et pour tous ceux, appartenant à ces classes intermédiaires qui sont ses larbins fidèles et rêve de promotion sociale alors que dans les faits on les prolétarise.

Les pédagogies qui ont inspiré le slogan jospinien de « l’élève au centre », alors que traditionnellement c’était le Savoir qui était le pivot du système scolaire, ont trahi l’idéal républicain. Le plus amusant, le plus révoltant, est qu’elles l’ont fait au nom des plus humbles, amenés au bord de l’eau mais interdits de boire. Sous prétexte d’amener chacun à la « réussite éducative » (la gauche a même inventé un ministère dévoué à cette cause hypocrite, dont la première titulaire, en 2012, fut George Pau-Langevin, mais la droite n’est pas en reste, qui en 2024 a nommé Alexandre Portier au même emploi), équivalent pédagogique du « demain on rase gratis », on a descendu le niveau d’année en année, pour satisfaire des parents qui n’y comprenaient rien. Et quand on ne put plus cacher le désastre, on a supprimé les notes, comme on balaie la poussière sous les tapis.

Poudre aux yeux

Pendant ce temps, dans les « bons » lycées et collèges des « beaux » arrondissements, les enfants de la Caste prospèrent sans s’en faire. Dans la gabegie pédagogique générale, qui ne voit que leurs splendides résultats ne sont que poudre aux yeux ? Qui ne constate que ces petits génies, arrivés en classes préparatoires aux grandes écoles, récoltent les notes qu’ils méritent, tout en occupant les places qui auraient pu revenir à des « pauvres » plus méritants qu’eux ? Les timides tentatives, à Paris, de la réforme Affelnet pour équilibrer un peu les origines sociales des élèves des « bons » lycées, en y inscrivant les bons élèves des « mauvais » lycées, ont déclenché des levées de boucliers invraisemblables. C’était, à en croire les rédacteurs de centaines d’articles, une nouvelle journée du 4 août qui commençait là, avec l’abolition des privilèges de leurs enfants !

Et les détracteurs n’étaient pas, et de loin, des gens de droite…

La proposition de Christophe Kerrero de créer des prépas au professorat dans les lycées a été fustigée par les syndicats de gauche, qui y voyaient une perte de position dominante dans la formation « pédagogique » de cohortes de profs menacés d’être moins nuls que les précédents — un scandale… Le projet de Bayrou de faire passer les concours à Bac + 3 est une fausse coupe, tant qu’on laisse la formation entre les mains d’enseignants du Supérieur dont ce n’est pas le métier — ils sont « chercheurs », rappelez-vous…

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Ce n’est pas de pédagogie qu’ont prioritairement besoin les futurs maîtres, c’est de savoirs effectifs et non biaisés idéologiquement. Il faut par exemple arracher l’enseignement de l’Histoire à la mainmise des décoloniaux de toutes farines, qui voient de la culpabilité blanche partout. Arracher l’enseignement de la Littérature aux extravagants de la théorie du genre, prêts à faire étudier des textes illisibles mais rédigés par des femmes plutôt que des chefs d’œuvre malheureusement entachés de gènes mâles. Bloquer les surinterprétations « sociologiques » qui sont autant de diktats bien-pensants — et ce n’est pas avec de la bien-pensance que l’on fait de la bonne sociologie, c’est avec des yeux bien ouverts. Les Sciences humaines sont aujourd’hui le champ clos des extravagances les plus odieuses et du militantisme le plus étroit. Ne jamais oublier que ce sont des gens de gauche qui ont produit récemment une caricature d’Hanouna inspirée du Juif Süss, chef d’œuvre d’antisémitisme de l’Allemagne hitlérienne.

Il faut en revenir à l’impératif de l’élitisme républicain : amener chacun au plus haut de ses capacités, sans considération de sa situation sociale, de ses origines ou de ses croyances : s’il est vraiment capable du mieux, il les abandonnera en route.

Christophe Kerrero, L’Ecole n’a pas dit son dernier mot, Robert Laffont, 360 p.

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