« François Bayrou n’a pas conscience du mal qu’il fait à l’économie »

Sophie de Menthon comprend les patrons qui envisagent de quitter la France. Selon la présidente du mouvement Ethic (Entreprises de taille humaine, indépendantes, et de croissance), l'incapacité de l'État à se réformer et les gages continus donnés à la gauche sont un obstacle au développement des affaires... L’article « François Bayrou n’a pas conscience du mal qu’il fait à l’économie » est apparu en premier sur Causeur.

Mar 28, 2025 - 16:30
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« François Bayrou n’a pas conscience du mal qu’il fait à l’économie »

Sophie de Menthon comprend les patrons qui envisagent de quitter la France. Selon la présidente du mouvement Ethic (Entreprises de taille humaine, indépendantes, et de croissance), l’incapacité de l’État à se réformer et les gages continus donnés à la gauche sont un obstacle au développement des affaires.


Causeur. Vous venez de porter plainte pour injure publique contre Sophie Binet, la secrétaire générale de la CGT, qui, le 31 janvier sur RTL, a comparé les grands patrons à des « rats » qui « quittent le navire ». Pourquoi aller carrément en justice ?

Sophie de Menthon. C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ! En France, les patrons ont le cuir épais. Ils ont l’habitude de servir de bouc émissaire, d’être critiqués, taxés, traités d’exploiteurs, sans que cela les affecte outre mesure. Mais en s’aventurant sur le terrain malsain de l’insulte, Sophie Binet a dépassé les bornes. Imaginez que je compare les syndicalistes à des rats… Quel scandale ce serait, et à juste titre. Bref, si nous engageons des poursuites, ce n’est pas parce que notre orgueil est blessé, mais pour restaurer au plus vite les conditions d’un dialogue social respectueux. Notre démarche est donc essentiellement symbolique. Nous ne voulons pas de dommages et intérêts. Des excuses suffiront.

Ces temps-ci, les patrons ne se plaignent pas seulement d’être étrillés par les syndicats. Ils se rebiffent aussi face à François Bayrou, qui a repris l’idée de Michel Barnier de surtaxer les entreprises réalisant plus d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires par an. Avez-vous été surprise que ces deux responsables politiques, crédités d’être plutôt « pro-business », prônent de telles mesures ?

Je n’aime pas le terme « pro-business ». On a l’impression d’un univers de gens qui aiment le fric pour le fric, ce qui ne correspond pas à l’esprit de l’entrepreneuriat. Ensuite sur le fond, il ne m’a pas paru étonnant que François Bayrou s’en prenne aux grands groupes. Pour se maintenir à Matignon, il est obligé de donner des gages à la gauche. C’est désolant, mais c’est ainsi : gouverner la France actuellement nécessite de marchander comme des marchands de tapis ! On ne pense pas à l’intérêt général, on fait des transactions et des arrangements. Cela dit, même si le Premier ministre avait les coudées franches, je ne suis pas sûre que faire payer davantage les entreprises le rebuterait. Comme la plupart des membres du personnel politique, il ne sait pas ce qu’est une entreprise, il n’est donc pas conscient du mal qu’il fait à l’économie quand il crée de nouveaux impôts sur la production. Il ne fait rien non plus pour réduire les prélèvements sur le travail et ne se rend pas compte que le problème du pouvoir d’achat des salariés vient de cette ponction (à nulle autre pareille dans les pays riches), et non de l’avidité fantasmée des patrons.

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Comment se fait-il que le Medef, dont Ethic est un mouvement associé, se montre très discret à ce sujet, et que ce soient des grands patrons, comme Bernard Arnault, qui en soient venus à protester publiquement contre la surtaxe ?

Fort heureusement, certains élus du patronat parlent avec beaucoup de franchise, comme Amir Reza-Tofighi, le tout nouveau président de la CPME (et cofondateur du site de covoiturage Heetch, NDLR). Quant au Medef, on peut bien sûr comprendre que son président, Patrick Martin, qui participe à présent au « conclave » sur les retraites, fasse attention à ce qu’il dit, afin de ne pas brusquer les syndicats de travailleurs avec lesquels il échange tous les jours. Mais à force, cela finit par ressembler à de l’entente. Cela ne peut plus durer…

Pourquoi ?

L’enjeu est trop important, les entrepreneurs sont trop inquiets pour continuer à se taire. Ils constatent tous les jours l’incapacité de l’État à se réformer. Beaucoup renoncent à embaucher, à se développer, sans parler de toute une nouvelle génération, de plus en plus tentée de créer des start-up à l’étranger. Je sais bien qu’il y a des gens de qualité dans le gouvernement, mais ils sont impuissants. J’étais en réunion l’autre jour avec Véronique Louwagie, ministre des PME et du Commerce. C’est une femme sincère qui sait écouter et qui pense juste, mais elle n’a aucune marge de manœuvre.

Menacer d’installer son entreprise à l’étranger, est-ce bien patriotique ? N’est-ce pas du « chantage », comme l’a dit Michel-Édouard Leclerc sur LCI le 31 janvier ?

Quand on a dans ses rangs quelqu’un qui parle comme Michel-Édouard Leclerc l’autre jour, pas besoin d’avoir des adversaires ! Accuser Bernard Arnault de « chantage » est la preuve d’une incompréhension inquiétante… Quand vous êtes entrepreneur, vous ne cherchez pas le conflit pour le conflit, vous êtes en permanence en quête de solutions, vous voulez que la machine fonctionne. Ceux qui envisagent vraiment d’aller exercer leurs talents ailleurs le font parce qu’ils n’ont pas le choix, et il faut l’expliquer aux Français… D’ailleurs les Français sont beaucoup plus choqués par le spectacle d’un monde politique qui se complaît dans des luttes intestines pro domo que par des patrons qui essaient de sauver leur boîte, quitte à délocaliser.

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Un autre procès qui est fait au monde de l’entreprise, c’est d’avoir succombé à la mode du wokisme…

C’est plutôt la fonction publique qui s’y est engouffrée, poussée par le « camp du bien » politique, inspiré aussi bien par MeToo que par l’inclusif, c’est-à-dire tout et n’importe quoi, au mépris du bon sens.

Pas seulement, il y a aussi des grandes entreprises…

Je vous l’accorde. Leurs DRH ont essayé de s’adapter aux nouvelles contraintes juridiques, aux nouvelles lois antisexistes, à l’inclusion, etc. Parfois en allant trop loin. Mais je crois qu’on est en train de revenir à des pratiques plus classiques.

Quel désaveu pour le macronisme révolutionnaire !

Quelle terrible déception ! Je suis aussi désespérée par le Macron de 2025 que j’ai été emplie d’espoir par celui de 2017 ! Je l’ai connu quand il était secrétaire général adjoint de l’Élysée. Il faisait remonter à François Hollande nos inquiétudes d’entrepreneur, et il a été un petit peu entendu, ce qui a évité des catastrophes à l’époque. Que s’est-il passé entre-temps ? Le désenchantement est immense pour les patrons. Quant à moi, c’est presque comme un chagrin d’amour ! Il va falloir que je trouve un nouvel espoir pour en guérir. Un des seuls qui me séduisent s’appelle David…

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