Dans la tech, ce n’est plus la taille qui compte

Nous sommes ravis de retrouver Jérémy Lacoste, contributeur sur la Réclame. Jérémy est directeur général France de l’agence Eskimoz. C’est un expert du marketing digital, des martech et de la publicité en ligne. Il a pour grande qualité de partager chaque semaine … Continuer la lecture → The post Dans la tech, ce n’est plus la taille qui compte first appeared on La Réclame.

Mar 26, 2025 - 16:22
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Dans la tech, ce n’est plus la taille qui compte

Nous sommes ravis de retrouver Jérémy Lacoste, contributeur sur la Réclame. Jérémy est directeur général France de l’agence Eskimoz. C’est un expert du marketing digital, des martech et de la publicité en ligne. Il a pour grande qualité de partager chaque semaine ses analyses et observations, que ce soit sur LinkedIn, en tant qu’enseignant ou dans ses tribunes sur la Réclame.


Doucement, mais sûrement : c’est une nouvelle lame de fond qui fait son petit bonhomme de chemin dans l’univers de la tech. Fini le temps où l’on se gargarisait sur la croissance de ses effectifs, désormais c’est la valo qui règne… et celle-ci est plus en plus arc-boutée sur une métrique : le chiffre d’affaires par employé !

C’est ce que résume très bien le journalisme Chris O’Brien dans The French Tech Journal : « Il y a une décennie, si vous leviez une série A, on vous demandait de recruter de manière agressive. Aujourd’hui, embaucher trop rapidement est perçu comme un mauvais signal. Le nouveau symbole de statut n’est plus le nombre d’employés, mais le chiffre d’affaires par employé. »

Pour le dire autrement :  une boîte qui parallélise sa croissance avec celle de ses troupes, c’est presque devenu suspect. Le vrai scale, ce n’est plus de passer de 100 à 500 salariés en 1 an ; mais plutôt de passer de 100 à 500 000 € de revenu généré par ETP (sic). Feu donc sur la production de valeur unitaire.

L’IA est passée par là et son narratif qui va avec. Le meilleur d’entre eux : l’exemple de Klarna qui est passé d’une boite déficitaire de 5 000 salariés, à une structure de 2 000 personnes qui renoue avec la croissance cette année. Même s’il vient de faire un mini rétropédalage, son patron n’a eu de cesse de positionner son entreprise comme une AI company, remplaçant 800 conseillers par des modèles algorithmiques.

Au-delà du cas Klarna, c’est toute la tech qui est engagée dans cette dynamique de maximisation de la valeur par employé. Pour autant, est-ce vraiment nouveau ? Pas réellement, si on se rappelle des précédents que sont Mojang (racheté 2,5 milliards avec 40 employés) ; Whatsapp (acquis pour 19 milliards avec 55 employés) ou encore Instagram (absorbé pour 1 milliard avec 13 employés).

La vraie différence : il s’agissait jusqu’alors de survalorisation dans le cadre de rachat d’entreprise. Aujourd’hui, des entreprises de moins de 50 salariés qui génèrent le milliard de CA, ce n’est plus de la fiction.

1. Le mythe de la One billion one person company

    C’est du moins le pronostic de Sam Altman, patron d’OpenAI, qu’il a partagé il y a quelques mois : « L’IA rend possible l’apparition d’entreprise d’une personne valorisée à plus de 1 milliard de dollars ». Un pari pris aussi par Laurent Alexandre, co-fondateur de Doctissimo qui pense qu’il y a de « fortes probabilités que l’on assiste à l’émergence d’entreprises qui seront valorisées 1 Md€ sans aucun salarié. » Qui dit mieux ?

    Au-delà de ces effets d’annonce toujours choc, il faut retenir le substrat : il y a un monde où les financiers vont avoir tendance à préférer les valeurs montantes de ces nano-entreprises versus un Wallmart (2,1 millions de collaborateurs monde) ou Amazon (1,5 million de salariés)… C’est un peu tout l’enjeu d’un Tesla par exemple : la boîte est-elle valorisée comme constructeur automobile ou comme actif technologique ?

    Quoi qu’il en soit, ces discours en disent plus long sur ceux qui les portent que sur l’époque : c’est la consécration de l’homme prométhéen. Il y a toujours eu une règle totémique dans la tech qui est qu’une boîte repose sur trois éléments-clés : le design, le commerce et la technologie… souvent portés par trois personnes différentes. Or aujourd’hui, cette sainte-trinité paraît pouvoir être incarné par un fondateur augmenté à l’IA.

    Et dans les faits, c’est déjà plus (ou moins) en marche.

    2. Le moment agentique ?

      Une tendance de fond qui semble d’ailleurs s’accélérer avec la vague d’agents IA, au point que l’on peut se demander si nous assistons à un pivot.

      Une chose est sûre : en 10 ans, la montée en scale s’est accélérée. Comme le souligne Marjolaine Catil, toujours dans The French tech Journal « Les startups d’IA les plus légères d’aujourd’hui atteignent 0,2 employé par million d’euros en ARR, contre 3 à 7 employés il y a seulement dix ans – une amélioration de l’efficacité de 15 à 25 fois qui transforme fondamentalement l’économie des entreprises. »

      Autant de trappes à investissement qui laissent pantois à une époque où pourtant on nous a dit que « l’argent magique, c’était fini ». Mais les acteurs de la tech ont bien compris où le vent soufflait et il n’est pas anodin que tous prennent la roue de l’agent autonome. Salesforce, Microsoft et bien sûr OpenAI qui annonce son intention de commercialiser des agents IA verticalisés sur un modèle d’abonnement entre 2 000€ et 20 000€.

      Un peu comme à l’époque de la Ruée vers l’or, ce sont les concepteurs d’agents autonomes qui se retrouvent dans le rôle des vendeurs de pelles et risque de sortir grands gagnants. Hippocratic, une marketplace d’agents IA est désormais valorisée 2 milliards… 2 ans seulement après sa création. 

      3. La révolte des machins et des machines ? 

        2 courtes réflexions pour clore mon propos.

        – À ma connaissance, c’est la 1ʳᵉ révolution technologique qui risque d’impacter aussi fortement les cadres, historiquement habitués d’être à l’abri des phénomènes d’uberisation. 

        Finalement, il y aurait assez peu de différences entre les cols Mao et les cols blancs.

        – L’IA a dit stop. Sur Cursor IA, un développeur en herbe aurait eu cette réponse : « Je ne peux pas générer de code pour vous, car cela reviendrait à terminer votre travail. Le code semble gérer les effets de dérapage dans un jeu de course, mais vous devriez développer la logique vous-même. Cela vous permettra de comprendre le système et de le maintenir correctement. » Magique.

        Bientôt une nouvelle révolte du prolétarIAt ?

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