Ce Karaté Kid en nous qui ne meurt jamais
Netflix diffuse les derniers épisodes de la dernière saison de Cobra Kai depuis quelques jours. Une série régressive qui fait un peu la nique au wokisme sur la plateforme pourtant spécialisée dans le genre… L’article Ce Karaté Kid en nous qui ne meurt jamais est apparu en premier sur Causeur.

Netflix diffuse les derniers épisodes de la dernière saison de Cobra Kai depuis quelques jours. Une série régressive qui fait un peu la nique au wokisme sur la plateforme pourtant spécialisée dans le genre…
La boucle est bouclée. Un immense billboard affiche à Los Angeles que « cela pourrait être un adieu, mais… Cobra Kai ne meurt jamais ! » alors que Netflix diffuse les derniers épisodes de sa série débutée en 2018.
Cobra Kai est une suite de la trilogie des films cultes des années 80 de la franchise Karaté Kid (1984, 1986 et 1989) dans laquelle on suit le parcours d’un gringalet souffre-douleur dans son lycée, Daniel LaRusso, devenir champion de karaté contre son persécuteur, Johnny Lawrence, grâce à l’aide de son sensei, Maître Miyagi.
Régression réconfortante
Surfant sur la vague de nostalgie voire de régression puérile mais réconfortante, alimentée par l’industrie du divertissement, Cobra Kai permet de retrouver l’ensemble des acteurs des films reprendre trois décennies plus tard leur rôle aux côtés de nouveaux protagonistes, avec une bande-son de rock FM et une imagerie californienne VHS.
La culture pop, dans sa version la plus universelle, donc hollywoodienne, est devenue le meilleur vecteur de continuité d’un sentiment d’appartenance transgénérationnel. Elle permet le partage d’émotions et de réminiscences, telles des petites madeleines de Proust, entre parents et enfants. Grâce aux productions contemporaines inspirées d’anciens films ou séries de leur enfance et adolescence, les parents retrouvent des souvenirs enfouis d’une époque idéalisée de leur vie. Tandis que les enfants assouvissent le « fantasme originaire » en découvrant ce qui a accompagné la jeunesse de leurs parents.
A lire aussi: Quand James Bond vire sa cuti
Cette ficelle nostalgique et transgénérationnelle actuellement surexploitée par l’industrie du divertissement, fonctionne plus ou moins bien. C’est une réussite indéniable dans le cas de Karaté Kid et de Cobra Kai. Si l’utilisation de la nostalgie dans la narration cinématographique ou télévisuelle peut conduire à l’immobilisme et à la vacuité, cela peut également conduire à une dynamique positive, celle de la transmission. Aux côtés des personnages historiques des films, une nouvelle génération de lycéens va dans la série connaître un parcours initiatique similaire à celui de leurs aînés, fait de construction de soi et de recherche de figures parentales.
Comme dans beaucoup de productions hollywoodiennes des années 80, les films de la franchise de Karaté Kid sont assez manichéens et représentatifs de la philosophie western avec les « gentils » et les « méchants », même s’ils font déjà apparaître quelques fissures dans cette binarité simpliste propre à l’Amérique.
La série va encore plus loin en jouant à fond la partition de l’altérité, avec de l’empathie pour les « méchants » et l’exposition de la part sombre des « gentils ».
Le déclic « How I met your mother »
Les scénaristes de Cobra Kai ont confirmé dans une interview, qu’une sitcom ayant également eu un impact générationnel fort : How I Met Your Mother (2005 – 2014), avait eu une véritable influence sur leur propre série.
Un des épisodes est même considéré comme l’effet déclencheur de la rédaction du scénario de Cobra Kai et de l’accord des producteurs pour financer le projet ! Dans celui-ci, un des personnages réalise son rêve de rencontrer « Le » Karaté Kid, héros de son enfance, grâce à ses amis au cours de son enterrement de vie de garçon. Mais à leur grande surprise, quand il rencontre l’acteur Ralph Macchio qui interprète Daniel LaRusso, il pique une colère noire, car pour lui, le vrai héros ne peut être que Johnny Lawrence interprété par William Zabka, qui apparaîtra à la fin de l’épisode en tenue du dojo de Cobra Kai…
A lire aussi, du même auteur: L’Empire du Bien va peut-être laisser les enfants tranquilles
Au-delà de la blague de cette scène, il s’agit d’un leitmotiv que vont garder les scénaristes de la série jusqu’à la fin. Les prétendus « méchants » ne le sont pas tous, ni totalement, et le choix du nom de la série, non pas le dojo des « gentils » le Miyagi-Do, mais celui des « méchants » le Cobra Kai, illustrait finalement dès le début ce parti pris sur un renversement du manichéisme et donc sur la compréhension et l’empathie pour « l’autre » malgré ses défauts.
Une altérité d’autant plus louable que le lancement de la série a lieu entre la fin des années 2010 et le début des années 2020, soit certainement le climax du wokisme et de sa fausse altérité bienveillante. Sur un thème de base, le karaté, qu’on peut difficilement faire plus « genré » (comme on dit de nos jours), Cobra Kai donne aux combats féminins sur le tatami et dans la vie, parfois davantage d’enjeux, avec des filles plus « burnées » que les garçons (comme ose encore le dire Johnny Lawrence), sans arriver au ridicule de l’effacement ou du remplacement intégral de la masculinité dans certaines productions actuelles… La série, avec parfois un mauvais esprit qui fait du bien, arrive à se moquer des travers des générations, que cela soit l’ironie cynique de la génération X ou la bien-pensance fragile des générations Y et Z. La leçon de plus de quarante ans de récit depuis le premier opus de Karaté Kid en 1984 jusqu’au dernier épisode de Cobra Kai en 2025 est donc celle d’une altérité générationnelle vue non pas comme un affrontement, mais comme un moyen de mieux se comprendre entre des générations que tout semble aujourd’hui opposer. Il s’agit de la meilleure conclusion possible d’une fiction adolescente, petit plaisir coupable et régressif, qui évite un compromis lâche entre générations, mais se construit au contraire dans la confrontation et donc le dialogue entre des adultes et des jeunes devenant adultes.
L’article Ce Karaté Kid en nous qui ne meurt jamais est apparu en premier sur Causeur.